caca

Bonjour Claire,

Ce texte s'organise autour de plusieurs couples qui provoquent à la réflexion :
- morale et savoir, morale et civilisation,
- nature et culture,
- différences et uniformité...
- plus subtil : désir de savoir humaniste et ses dangers.
C'est un texte d'humaniste. N'insiste pas sur l'autobiographie car Montaigne ici ne rappelle pas des faits de sa propre existence. Nous sommes dans le genre de l'essai où Montaigne confronte sa propre expérience à celles des livres.

Ton parcours de lecture pourrait consister dans l'examen de ce texte comme représentatif de l'humanisme.

1 Un humaniste qui apprend à partir de son expérience et non des livres
Le goût de la nouveauté
le désir de s'informer directement
l'esprit critique
la confrontation des valeurs

2 la critique implicite de la civilisation
cupidité
orgueil
égoïsme

3 la supériorité de la nature sur la culture
les vraies valeurs professées : solidarité, courage, pouvoir de service, mérite.

Finalement les païens et les barbares sont supérieurs aux chrétiens et aux civilisés qui ne mettent pas en pratique les valeurs évangéliques : Voilà la leçon implicite !
Les Brésiliens ont fait éclater le cadre de référence pour le plus grand profit du philosophe pragmatique.
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# Posted on Thursday, 07 May 2009 at 10:29 AM

Montaigne

Montaigne

"Nous autres, sottement, craignons une espèce de mort là où nous en avons déjà passé et en passons tant d'autres. Car non seulement, comme disait Héraclite, la mort du feu est génération de l'air et la mort de l'air génération de l'eau, mais encore plus manifestement le pouvons-nous voir en nous-mêmes : la fleur d'âge se meurt et passe quand la vieillesse survient, et la jeunesse se termine en fleur d'âge d'homme fait, l'enfance en la jeunesse, et le premier âge meurt en l'enfance, et le jour d'hier meurt en celui du jourd'hui, et le jourd'hui mourra en celui de demain ; et n'y a rien qui demeure ni qui soit toujours un. "


MICHEL DE MONTAIGNE: ESSAIS (II, 12)
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# Posted on Thursday, 09 April 2009 at 10:39 AM

Montaigne

"Ils sont sauvages de mesmes, que nous appellons sauvages les fruicts, que nature de soy et de son progrez ordinaire a produicts : là où à la verité ce sont ceux que nous avons alterez par nostre artifice, et destournez de l'ordre commun, que nous devrions appeller plustost sauvages. En ceux là sont vives et vigoureuses, les vrayes, et plus utiles et naturelles, vertus et proprietez ; lesquelles nous avons abbastardies en ceux-cy, les accommodant au plaisir de nostre goust corrompu. Et si pourtant la saveur mesme et delicatesse se trouve à nostre goust mesme excellente à l'envi des nostres, en divers fruits de ces contrées là, sans culture : ce n'est pas raison que l'art gaigne le poinct d'honneur sur nostre grande et puissante mere nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par noz inventions, que nous l'avons du tout estouffée. Si est-ce que par tout où sa pureté reluit, elle fait une merveilleuse honte à noz vaines et frivoles entreprinses.

Et veniunt hederæ sponte sua melius,
Surgit et in solis formosior arbutus antris,
Et volucres nulla dulcius arte canunt.

Tous nos efforts ne peuvent seulement arriver à representer le nid du moindre oyselet, sa contexture, sa beauté, et l'utilité de son usage : non pas la tissure de la chetive araignée. Toutes choses, dit Platon, sont produites ou par la nature, ou par la fortune, ou par l'art. Les plus grandes et plus belles par l'une ou l'autre des deux premieres : les moindres et imparfaictes par la derniere. "
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# Posted on Thursday, 09 April 2009 at 10:32 AM

Montaigne

Montaigne, cet analyste pénétrant des états du moi, scrute ce qu'il appelle " l'arrière-boutique ", le moi, dans toute sa complexité et ses contrastes: " Je ne vise ica qu'à me découvnr moi- même, qui serai par aventure autre demain, si nouvel apprentissage me change " (Essais, I).



Biographie
Né en février 1533, au château de Montaigne, près de Bordeaux, Michel de Montaigne appartient à une famille de riches négociants bordelais, anoblie en 1519. Son père, Pierre Eyquem, est un humaniste: éveillé le matin en musique Montaigne apprend le latin comme une Langue vivante. Après avoir étudié La philosophie à Bordeaux et Le droit à Toulouse, il devient magistrat: conseiller à La Cour des aides de Périgueux, puis, en 1557, conseiller au parlement de Bordeaux. En 1558, il se lie d'amitié avec son collègue Etienne de La Boétie qui mourra, en 1563, à l'âge de trente-trois ans, après avoir rédigé le fameux Discours de la servitude volontaire, qui énonce la question énigmatique entre toutes: comment se fait-il que les hommes combattent pour leur servitude comme s'il s'agissait de leur salut ?
Dès 1572, Montaigne commence à rédiger les Essais, durant une retraite au château de Montaigne. Mais il est tiré de celle-ci et chargé d'une mission auprès du parlement de Bordeaux. La première édition des Essais (deux premiers livres) paraît, en 1580, à Bordeaux.

Au lendemain de cette publication, il entreprend un long voyage (15801581), en partie pour soulager par les eaux thermales sa " maladie de La pierre " (calculs rénaux avec coliques néphrétiques). Il passe par Paris, Baden et Munich, séjourne à Rome. En septembre 1581, il apprend son élection comme maire de Bordeaux. Bon administrateur, il sera réélu en 1583.

Il fait paraître une nouvelle édition des Essais (avec le troisième livre), en juin 1588. Il fait aussi La connaissance de Melle de Gournay, admiratrice des Essais et sa a fille d'alliance ". Poursuivant son enrichissement des Essais, il y travaille encore quand il meurt, avec douceur, Le 13 septembre 1592.



LES OEUVRESiMPORTANTES


Journal de voyage (1580-1581, découvert au XVIIIe siècle et publié en 1774)
Essais (1580, 1588, 1595).



CONCEPTS ET TERMES ESSENTIELS


Dieu: puissance incompréhensible, hors du temps, n'exerçant pas son action dans les affaires humaines.
Essais: expériences de la vie.

Homme: individu portant en soi La forme entière de l'humaine condition. Nature: doux guide, accordant sa protection à la totalité des êtres animés.

Philosophie: apprentissage de soi et de La sagesse. Sage: celui qui possède le gouvernement de soi.







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Portrait
par J.-F. Revel, Le Point 22 AOUT 1992 -NUMÉRO 1040



Le Champion de la tolérance
Penser sans théorie mais n'hésiter jamais quand la morale est en jeu . Tout Montaigne est là. Et Jean-François Revel le revisite, ébloui.

Ce fut durant l'été qui suivit mon baccalauréat de philosophie que, fuyant les «morceaux choisis» auxquels le génie de Montaigne se prête fort peu, je pratiquai ma première immersion complète dans les « Essais ». Cette lecture sidérante me conduisit à me poser par contraste une question sacrilège: les systèmes philosophiques ne seraient-ils pas destinés à suppléer l'absence d'idées ? N'est-on pas acculé à construire une théorie lorsque et parce qu'on reste stupide devant chaque occurrence d'une réalité dont la diversité nous submerge ?

Montaigne étalait avec une inépuisable impétuosité ce qu'est penser sans théorie, penser en prise directe sur le réel et sur l'humain. La philosophie systématique m'apparut soudain, à mesure que je le lisais, lui qui s'en passait si souverainement, comme une prothèse, une roue de secours, un micro. Si on a besoin d'un micro, c'est qu'on n'est pas un grand chanteur, me disaisje. Puis, plus tard, je finis par entrevoir qu'un large public a besoin, lui aussi, de systèmes et de théories, qui sont comme les voyages organisés de la pensée, et répondent à son besoin de répéter au lieu de réfléchir. Les modes intellectuelles n'ont pas d'autre cause. C'est pourquoi les philosophies ne se réfutent pas: elles se démodent. J'en déduisis la permanence d'une demande de substitut philosophique à l'impuissance intellectuelle, et donc que chaque époque doit nécessairement avoir son charlatan, lequel fait beaucoup de petits.

Montaigne, quant à lui, ne s'est à aucun moment démodé pendant les quatre siècles qui nous séparent de sa mort. Il a été constamment lu, puisqu'il possède l'originalité authentique et n'avait donc pas eu à en fabriquer le mirage dans une contorsion du discours, ce qui est la recette des succès passagers. « Personne n'est exempt de dire des fadaises, le malheur est de les dire curieusement », écrit-il. Rien n'est plus superficiel que de le classer parmi les sceptiques, ou plutôt de considérer son doute comme l'adhésion à une école sceptique. Montaigne n'est d'aucune école. Si rien ne le convainc, dans l'ordre de la connaissance pure, c'est qu'à son époque rien n'était convaincant. L'héliocentrisme copernicien même reste alors une pure opinion, jusqu'à ce qu'au siècle suivant Kepler, Galilée, Huyghens, Newton fondent l'astronomie scientifique sur le calcul et l'observation. Montaigne inaugure la pensée moderne par la négation créatrice, qui est le contraire de l'ignorance résignée.

Avant la constitution des sciences exactes, quelle tâche sérieuse pouvait solliciter un esprit soucieux de connaître cet ennemi de l'imposture sinon l'attention immédiate et intégrale à l'humain ? Par quel mystère Montaigne est-il, dans l'Histoire, le premier écrivain qui se libère de toute idée préconçue pour simplement raconter l'homme, le regarder être, ou plutôt passer ? « Je ne peins pas l'être je peins le passage. Je n'enseigne point je raconte. Distinguo est le plus uniuersel membre de ma logique.»

Si la certitude intellectuelle est pour Montaigne difficile d'accès, en revanche il n'hésite jamais quand la morale est en jeu. L'image convenue d'un Montaigne refusant de choisir entre le Bien et le Mal est, à chaque ligne, démentie par les diatribes du polémiste « engagé » dont foisonnent les « Essais ». Il est le premier grand champion moderne de la tolérance. Il condamne la violence, aussi bien dans les guerres de Religion françaises, où il donne tort aux deux camps, que dans la conquête du Nouveau Monde, contre laquelle il signe le premier pamphlet anticolonialiste des Temps modernes. Mais il récuse aussi la force dans l'usage que nous avons appelé bien après lui révolutionnaire. Il argue qu'une société doit certes toujours s'amender, devenir plus juste, mais est chose trop complexe pour être améliorée par la contrainte. Le volontarisme des réformes brutales, expose-t-il, dans « De la coutume et de ne changer aisément une loi reçue », engendre plus d'abus et de maux qu'il n'en corrige. Propos singulièrement actuel pour nous autres de l'ère post-communiste.

Avocat de l'équivalence ou de la relativité des cultures et des religions, il plaide aussi pour notre déculpabilisation sexuelle (relisez «Sur des vers de Virgile ») et pour l'égalité des sexes: « Je dis que les mâles et les femelles sont jetés au même moule. Sauf l'institution [= I'éducation] et l'usage, la différence n' est pas grande. " Il est aussi le précurseur de notre conception de l'Etat de droit: « Me déplaît être hors la protection des lois et sous autre sauvegarde que la leur. » Aussi déplore-t-il l'hypocrisie des gouvernants qui violent le droit confié à leur protection. S'il revenait parmi nous, par exemple aux procès du sang contaminé ou des fausses factures, n'aurait-il pas lieu de répéter son épigramme vengeresse: «lls envoient leur conscience au bordel et tiennent leur contenance en règle.» ?

JEAN-FRANÇOIS REVEL


Bibliographie



- Starobinski, Montaigne en mouvement, 1982

- Le Point n°1040 du 22-08-92 pp.45-57
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# Posted on Thursday, 09 April 2009 at 10:14 AM

Montaigne

Montaigne

Michel de Montaigne naît le 28 février 1533 au château de Montaigne, en Dordogne. Du fait de la mort en bas-âge de deux premiers nés, il est l'aîné des 8 enfants Son père, humaniste ouvert aux idées nouvelles, lui fait apprendre le latin et le grec. Il entoure l'éducation de son fils d'une grande douceur. Le jeune Michel de Montaigne passe son enfance auprès des paysans; il restera toute sa vie proche et respectueux des gens humbles. En 1540 Michel de Montaigne fait ses études au Collège de Guyenne à Bordeaux.. Montaigne qui a suivi des études de droit succède son père dans sa charge de magistrat à Périgueux, puis au parlement de Bordeaux. 1565 , Montaigne épouse Françoise de la Chassaigne dont il aura six filles. Une seule, Léonor, survivra. 1568 , son père meurt , il hérite alors de la terre de Montaigne et du nom du château. Michel de Montaigne fait la connaissance d'Etienne de la Boétie, magistrat comme lui . Cette amitié marquera Montaigne. Il est influencé par l'exigence morale de son ami, son stoïcisme, son engagement dans la réflexion politique. L'amitié de Montaigne et de la Boétie est encore évoquée aujourd'hui comme un symbole.1570 Montaigne se rend à Paris pour publier les œuvres de la Boétie .Naissance de son premier enfant, une fille nommée Thoinette. Elle meurt à l'âge de deux mois 1571 Montaigne vend sa charge de conseiller et se consacre à l'étude et à la réflexion. Sans doute est-ce à cette époque qu'il commence Les Essais .
Il étudie également les textes anciens, notamment ceux de Sénèque et de Plutarque.
Il est nommé gentilhomme de la chambre du roi en 1571.1578 Il est atteint d'une maladie de la vessie. 1580 Montaigne publie la première édition des Essais
Il tente de se faire soigner dans différentes villes d'eaux de France, d'Allemagne et d'Italie. Il tire de cette expérience un Journal de voyage. 1592 Montaigne meurt a Montaigne le 13 septembre à 59ans.
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# Posted on Thursday, 09 April 2009 at 10:08 AM